j'ai entamé depuis peu un travail de recherches et d'expérimentations concernant un
secteur du divertissement en pleine croissance, le jeu vidéo. Je me penche plus
particulièrement sur un style de jeu très populaire, le FPS (first personnal shooter). Ces jeux de tir haletants sont aujourd'hui conçus comme des superproductions hollywoodiennes et attirent un très large public en quête de sensations fortes et de spectaculaire. Je fus
surppris par le succès de la franchise «Call of Duty», dont les deux derniers opus sont les deux produits culturels les plus vendus de tous les temps dans le monde, tous supports confondus, donc devant n'importe quel livre, dvd, spectacle ou album de Mickael Jackson. Cela intérroge lorsqu'on s'aperçoit qu'il s'agit d'incarner des soldats américains lors de
ré-interprétations des guerres mondiales, de Corée ou du Vietnam. D'autres jeux, comme «Medal of Honnor», propose de mener en Afghanistan des combats contre les talibans, «Opération flashpoint red river» anticipe et déclare la guerre aux chinois, et «Far Cry 2» nous emmène jouer les mercenaires dans une d'Afrique en plein guerre civile.
Il s'agit pour moi de prendre du recul sur ce type de jeux, nouveau pilier du divertissement mondial, en faisant une série de bas reliefs représentant des moments forts de différents FPS. Le grotesque et la naïveté de mes modelages produisent de la distance avec le sujet tout en brouillant celui-ci. On ne se rend pas compte immédiatement qu'il s'agit d'images
extraites de jeux puisque je ne représenterai pas les éléments d'indications de santé, de réserve de munition, le GPS etc. Sans la présence de ces indications, il pourrait s'agir pour le spectateur d'images de guerres bien réelles, d’images provenant d’internet ou d’extraits de journaux télévisés.
L'aspect modeste et enfantin de ces représentations propose également un contraste avec la résolution incroyable des équipements audiovisuels d'aujourd'hui, proposant des images toujours plus belles et parfaites. J'altère donc à la fois le sens et la qualité de l'image que je me ré-approprie.
Mais je parle d'image alors qu'un bas relief est une sculpture, un objet. C'est une constante dans mes recherches, l'arrêt de l'image, et son déplacement dans les trois dimensions. Je produis des objets à partir d'images planes, en imaginant l'envers du décor, la 3D.
Ces bas reliefs ont les dimensions d'une télévision 16/9 actuelle (80x50) , et le relief imite de façon très modeste, bancale et artisanale l'effet 3D de l'image de jeu, tout en le dépassant, en l'ancrant dans le réel. Cet aspect artisanal, ce labeur que je fourni pour chacune de mes pièces, est antagoniste avec mon sujet, toujours issus de l'industrie du divertissement. C'est un réel engagement de ma part de produire du mainstreem industriel « fait maison ».
Avec mes bas reliefs, on perd la jouabilité, le spectaculaire, la qualité d'image, on se retrouve alors en face d'images de guerre familières, d'objets au format familier. On se rend compte alors que c'est bien ce qui manque qui est essentiel et que le contexte de guerre est seulement un prétexte pour plonger le joueur dans un contexte stressant. Les questionnements moralisateurs qu'on aurait pu avoir sont donc partiellement
neutralisés. Reste donc une grande ambiguïté, un malaise, mais surtout un recul sur ce qui est aujourd'hui le produit de culture de masse le plus vendu au monde.
Ce travail laisse également le spectateur se demander si le FPS, ce jeu de guerre, n’est pas au fond la forme la plus ultime du jeu, le descendant parfait des des échecs et des jeux de cartes, les formes les plus anciennes que nous connaissions du jeu en laissant de coté les dés et osselets, bien trop rudimentaires, qui sont bien entendu des
substituts de batailles, comme les compétitions sportives entre nations. «Call of Duty» ou «Battlefield» peuvent donc être considérés comme un aboutissement en matière de jeu, le meilleur de ce que l'Humanité peut produire actuellement en matière d’amusement. Ou bien une régression puisque nous perdons l'aspect allégorique de ces divertissements ludiques. Mon travail nous amène donc à questionner la notion même de jeu.